LES FONDATIONS D’UN CATALOGUE À CONSTRUIRE

Retour sur un premier disque

À l’instant de monter sur scène pour la première fois – bientôt 25 ans ! –, je ne prévoyais pas enregistrer mes chansons. L’idée de chanter en studio ne me disait rien de bon. Un disque live, alors ? À la limite... Peut-être... Plus tard. Mais il y eut, après deux ans, une demande du public. D’abord discrète, puis frontale. Devant mon refus d’obtempérer, une résistance s’organisa. Elle prit l’allure d’une « prévente » orchestrée à mon insu, d’un chèque bien insuffisant mais terriblement convaincant. Comment dire encore non, dans les circonstances ? Je n’ai pas su. Ému, j’ai remercié, encaissé le chèque et le choc. Puis j’ai cherché ailleurs le reste du financement nécessaire au projet. À peine avais-je trouvé le montant nécessaire pour faire « quelque chose » que je recevais par ailleurs l’aide – si généreuse ! – de l’auteur-compositeur-interprète (et pianiste surdoué) Alain Lecompte. Il me trouva un studio et un ingénieur du son, offrit de me soutenir lors de la première séance d’enregistrement et pendant le mixage. J’en aurais bien besoin !

 

J’avais des sous, mais ce n’était pas la fortune. Tout juste ce qu’il fallait pour m’offrir trois ou quatre jours de studio, graver l’album, imprimer le livret. Ma marge d’erreur serait réduite... Non seulement allais-je devoir apprendre en un temps record les rudiments du travail de studio, mais je serais tenu de me contenter, pour la plupart des chansons retenues, d’une ou deux prises tout au plus. Je répétai pendant des mois, me pointai au studio avec une anxiété difficile à décrire, me jetai à l’eau pour découvrir, ébahi, que j’aimais ça, que c’était presque magique, et que ce devait être merveilleux de disposer d’un imposant budget permettant d’explorer, de faire des dizaines de prises, de chercher en équipe les sonorités justes, de réajuster le rythme, autant de choses que j’entrevoyais mais qui, pour l’heure, me demeuraient interdites.

 

L’expérience fut belle. Pourtant, quand je reçus le disque terminé, j’eus un mouvement de panique. Je souhaitai remballer tout ça, laisser dormir. Et peut-être, un jour, avec davantage de moyens, tout reprendre du début... Mais voilà : il y avait ces gens qui avaient financé le projet. Qui attendaient l’album... J’ai assumé. Mais, c’est vrai : je l’ai tout de même regretté un peu.

 

Ce que j’aimais de ce disque, à l’époque, me plaît encore aujourd’hui. Ses 12 chansons, je les ai chantées longtemps. Certaines plus longtemps que d’autres. Elles vieillissent bien, me semble-t-il. Le climat de l’album, lui, ne me plaît qu’en partie. Certes, j’apprécie son unité, sa cohérence, mais je préférerais des ruptures, des dérives, comme dans mes spectacles. J’aimerais aussi, évidemment, des arrangements, des orchestrations : ici un violoncelle, là une guitare. Et surtout, surtout, m’énerve prodigieusement dans certains titres cette prononciation franchement franchouillarde qui ne m’est pas naturelle; un écueil qu’évitent difficilement bien des chanteurs d’ici (surtout ceux de ma génération), un piège dont j’étais déjà conscient à l’époque, mais pas suffisamment pour l’éviter (ou trop désargenté pour effacer et recommencer).

 

Là comme ailleurs, j’apprends : c’est mon mot d’ordre. Lorsqu’est née l’idée de ce site, j’ai pensé que mon premier disque y aurait sa place le jour où il figurerait à côté de nouveaux enregistrements. Dans quelques années, sans doute... Mais le maître d’œuvre du site, lui, a jugé pertinent de remettre tout de suite l’album en circulation. Soit ! Et tant pis si ce disque intitulé ... mais debout ! pourrait, sans qu’on le trahisse tout à fait, être rebaptisé Debout, mais... Si la chose est possible, un jour je réenregistrerai tout ça. En même temps que j’enregistrerai plein d’autres chansons qui attendent dans mes tiroirs de reprendre vie sous une forme achevée. En attendant, je vous invite à (ré)écouter celles-ci pour ce qu’elles sont : des chansons que je ne regrette pas, que je rechanterais – rechanterai – sans complexe, mais qui attendent une interprétation studio en accord avec celle que j’ai appris, avec les années, à proposer sur scène. Qui attendent peut-être également – qui sait  – d’être portées par d’autres voix que la mienne... ? Avis à qui en aurait le désir : mes chansons, évidemment, ne sont pas libres de droits ; mais qui veut les chanter n’a qu’à contacter la SOCAN (Société canadienne des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique : https://www.socan.com/fr/)... et peut me contacter aussi, ça va de soi !

 

Je vous reviendrai là-dessus... Vous raconterai aussi, un billet par-ci par là, les dessous de certaines pièces du disque... En espérant le moment où mon catalogue, pour l’instant très mince, s’enrichira de nouveaux titres. Si tout va comme je le souhaite, ce n’est qu’une question de temps.